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  • Blagnac Rugby

Rugby-boulot-dodo avec Julien Beziat



Est-ce un centre, un troisième ligne ?… Non c’est Julien Beziat ! Le talonneur passé par Castres, Narbonne et Limoges, qui a depuis posé ses valises à Blagnac. Crochets, raffuts et pas de l’oie le weekend, ce pur tarnais (aux faux-airs de Fidjien) manie marteau, tournevis et clé de 12 en semaine. Interview du « talon » dont les stats font rougir tous les ailiers du championnat.


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Quand et comment t’es venu l’envie de faire du rugby ? Comme beaucoup de monde, j’ai commencé en suivant les copains. J’avais 8 ans et avec mes potes on s’est motivé pour jouer au rugby à Brassac, chez moi dans le Tarn. En fait, au début, j’avais testé le judo mais je ne me dépensais pas assez, j’étais trop turbulent (il rit). J’avais besoin d’un ballon et de pouvoir courir comme la plupart des enfants et puis jouer avec mes copains c’était le bonheur. On ne jouait pas dans un grand club, on ne se prenait pas la tête, c’était du pur rugby.


Tu as connu le monde professionnel, le Top 14 et la Coupe d’Europe, à quel moment c’est devenu plus « sérieux » ? Je ne dirai pas plus sérieux car ça s’est fait progressivement. J’ai connu mes premières sélections avec l’équipe du Tarn puis de Midi-Pyrénées avant d’intégrer le pôle espoir de Jolimont. De là j’ai rejoint le centre de formation du Castres Olympique, c’est à ce moment que je me suis dit que c’était un plus sérieux, que ça devenait « autre chose ».


Castres, Narbonne, Limoges puis Blagnac, le Top 14, la Pro D2 et la Fédérale 1, tu as connu de nombreux clubs et de nombreuses divisions, quel est ton meilleur souvenir ? J’en ai plusieurs. D'abord il y a forcément mon premier match avec le CO devant mes amis et ma famille (en 2016). Ce fut vraiment un grand moment. Tous mes amis d’enfance étaient là, ceux avec qui j’avais commencé le rugby. Petit je me disais : « un jour je foulerai la pelouse de Pierre-Antoine » et ce rêve est devenu réalité. L’autre excellent souvenir c’est la demi-finale disputée avec Blagnac contre Valence-Romans, c’était un honneur et un plaisir de faire partie d’un groupe aussi soudé qui allie beau jeu et solidarité.


Forcément s’il y a un bon souvenir de toutes ces années il y a également un pire… Pfff… (il souffle). Je n’en ai pas vraiment de pire même si lors de ma première année en tant que professionnel j’ai eu une méchante blessure au dos. Je m’étais fait une hernie discale au pire moment alors que Castres m’offrait la chance de faire mes débuts. J’avais manqué toute l’intersaison et n’avais pu reprendre qu’en janvier…


Y a-t-il eu un joueur dont tu t’es inspiré plus jeune et qui a façonné le talonneur que tu es devenu ? Je parlerai plus de mentors. D’abord à Castres j’ai eu la chance de côtoyer Brice Mach (talonneur international, 3 sélections, passé par Perpignan, Béziers, Montauban, Agen et Castres). En fait à mes débuts j’étais un peu un bouche-trou et je pouvais jouer pilier, talonneur voire troisième ligne, du coup quand j’ai décidé de me fixer au talon Brice m’a épaulé et aidé à progresser et je peux dire la même chose de Romain Carmignani. Il m’a entrainé lors de mon passage à Limoges et nous avons beaucoup travaillé le lancer et la préparation mentale.


Pilier et troisième ligne… Tu as beaucoup bougé sur le terrain mais il y a-t-il un poste que te fait rêver ? Je vais faire un clin d’œil à mes coéquipiers en disant que je rêve de jouer ailier (il rit)… Je me fais souvent chambrer à cause de ça, ils disent que je fais les bordures. Plus sérieusement je voudrais passer premier ou second centre même si j’ai déjà eu cette chance. Un jour avec les Espoirs du CO j’ai joué à quatre postes différents lors du même match. C’était contre Albi et il y avait eu beaucoup de cartons jaunes… (il sourit). Au coup d’envoi j’étais talonneur puis je suis passé flanker avant de remonter en deuxième ligne et enfin de terminer second centre pour les 15 dernières minutes… Un vrai couteau suisse.


De cette polyvalence est née un large éventail technique alors quel est le geste qui te caractérise le mieux ? Je dirai le saut de cabri (il rit) ! Ça rappellera des souvenirs aux autres ! Avec Blagnac lors d’un match contre Castanet j’avais tenté de sauter par-dessus mon adversaire… sans succès sinon je dirai sans hésiter le pas de l’oie.





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Couteau suisse sur le terrain, on n’est pas trop éloigné de ce que tu fais dans la vie ? Oui je suis mécanicien, plus précisément ajuster-monteur chez Liebherr. Je suis en CDI depuis 2 ans soit mon arrivée à Blagnac. C’est un choix qui s’est fait dans la continuité de mes études, une suite logique. Je suis un « manuel »… (il marque une pause) d’ailleurs je suis en train de finir de détapisser un appartement là.


Tu es donc entré dans la vie « active » depuis peu, après avoir été professionnel et touché les « sommets » au rugby ce choix n’a pas été trop dur ? Un peu mais je souhaitais et devais préparer mon avenir. Limoges, où j’étais avant, a déposé le bilan j’ai donc rejoint Blagnac avec l’idée de commencer à me reconvertir et puis ça me rapprochait de ma famille. J’avais 27 ans et des blessures à répétition au dos m’ont forcé à réfléchir. Au début ce n’étais pas évident car j’avais l’impression de revenir à l’époque du centre de formation avec les cours la journée et le rugby le soir. Ensuite j’ai commencé à bosser et la transition a été difficile sur le plan physique. Il a fallu prendre le rythme de se lever à 6 h pour travailler avant d’aller s’entrainer le soir.


Dans ta « reconversion », le rugby a-t-il été un atout dans le monde professionnel ? Oui car le rugby et ma carrière m’ont apporté une grande faculté d’adaptation, on peut s’intégrer facilement partout. Quand tu bosses à Toulouse avec 40 mecs forcément le rugby permet de tisser des liens et de casser avec le sérieux du travail. J’ai pu m’acclimater facilement et sympathiser avec les collègues.


Il y a donc des ressemblances entre les deux « univers » mais es-tu le même sur le terrain qu’au boulot ? Au boulot faut être très sérieux et rigoureux. C’est un métier assez strict que je fais donc pas le droit de trop plaisanter ou de penser à autre chose. Je ne dirai pas que je ne suis pas sérieux au rugby mais c’est une échappatoire. Je m’y sens plus libre.


Enfin, quel est le rythme de tes journées, ça n’est pas trop dur de concilier travail et rugby ? Le matin je me lève à 5h30 et je sors le chien avant d’attaquer à bosser, c’est important (il rit). Je termine vers 16 h 30 et je reviens à la maison pour faire mon sac et manger quelque chose. Avant de repartir je passe un peu de temps avec ma compagne et je prends la direction de l’entrainement à 18 h 30. Je rentre et termine la journée vers 20 h 30. C’est assez soutenu mais c’est un rythme à prendre et puis cette saison heureusement il n’y a pas eu de longs déplacements au contraire de Valence-Romans l’an dernier… Je peux te dire que le lundi suivant a été très difficile. Enfin, tant que je peux je continuerai et puis j’ai le souhait de rejouer une dernière saison avec tous mes copains d’enfance. On veut tous se retrouver une dernière fois, peu importe le club et jouer tous ensemble avant de raccrocher les crampons, histoire de boucler la boucle.


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Maxime Brossard

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