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  • Blagnac Rugby

Rugby-boulot-dodo avec Ianis Ponsole


Dix rencontres jouées et trois essais au compteur, Ianis Ponsole est l’une des grandes révélations de cette saison. Arrivé il y a trois ans à Blagnac, ce jeune troisième ligne combatif et ambitieux a réussi son pari de passer de la Fédérale 3 à l’antichambre de la Pro D2.


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Ianis, à seulement 22 ans on peut dire que tes débuts dans le rugby ne sont pas un souvenir trop lointain, quand et comment as-tu commencé à jouer ? J’ai commencé à 5 ans à Aucamville. Ma famille suivait énormément le Stade Toulousain, nous étions abonnés et l’on allait voir tous les matchs. Petit j’étais le premier supporter du Stade et c’est cette équipe qui m’a fait aimer ce sport dans un premier temps. J’ai donc essayé de jouer à Aucamville, ça m’a de suite plu et tout a commencé comme ça. De 5 à 8 ans j’ai porté les couleurs d’Aucamville puis j’ai rejoint la Vallée du Girou de 8 à 19 ans avec une parenthèse columérine d’un an et me voici à Blagnac maintenant.


D’ailleurs comment s’est faite ton arrivée à Blagnac ? J’ai contacté Christophe Deylaud en lui demandant de faire un test.


C’est un vrai pari que tu as tenté, c’était plutôt osé ? Oui mais il m’a fait confiance, il m’a donné ma chance. J’ai eu une période d’adaptation tout de même avec une saison en espoirs avant de connaitre petit à petit l’équipe 1 et cette année d’avoir la chance de pouvoir gagner du temps de jeu.


Ça n’a pas été trop dur de t’adapter ? Tu avais connu la Fédérale 3, qui est également un bon niveau, mais passer directement en Fédérale 1… Il faut dire que je suis bien entouré par le staff et le groupe. En venant de Fédérale 3 je pensais avoir le niveau de pouvoir un jour faire des matchs en Fédérale 1, j’ai réussi mais ce n’est qu’un début d’autant qu’il m’a fallu du temps pour atteindre les exigences demandées. Je me souviens des premiers entraînements, ouf… C’était en août, il faisait une chaleur atroce et je n’avais pas du tout le niveau… (il rit). Je me suis dit « mais qu’est ce que tu fais ici ? Je ne suis pas au niveau », et puis en travaillant et faisant les efforts nécessaires et en passant par une période avec les espoirs, afin de mieux connaitre le projet de jeu, je suis parvenu à m’adapter et à commencer à entrer dans le groupe au fil du temps. Ces premiers pas en Fédérale 1, il y a peu, sont l’occasion de remercier le staff de l’équipe première, mais aussi Cédrick Pujos et Nicolas Chevalier en charge des espoirs, sans oublier Omar Hacini, Thierry Faucher et Didier Herrerias de la Vallée du Girou.


De ce début de carrière à la fois court mais très intense, quel est ton meilleur souvenir ? J’en ai plusieurs. Il y a bien sûr le titre de champion Midi-Pyrénées Honneur avec la Vallée du Girou alors que j’avais 18 ans et plus récemment l’aventure avec les espoirs de Blagnac avant de se faire éliminer par Aix en Provence en demi-finale du championnat de France. Le quart de finale était un moment magique, la victoire contre Vannes je m’en souviendrai longtemps.


Et pour le pire souvenir ? Forcément cette défaite contre Aix en Provence… Et puis il y a eu aussi des défaites en phases finales avec la Vallée du Girou qui m’ont marqué mais l’une de mes plus grosses déceptions est de ne pas avoir été conservé par Colomiers après ma saison en juniors Crabos. J’avais fait une bonne année mais on ne voulait pas me garder pour jouer en espoirs… Ce fut difficile à accepter mais c’est un événement qui m’a forgé.


Ce caractère, cette détermination c’est quelque chose qui est inné mais un joueur en particulier t’a-t-il insufflé cet état d’esprit ? Oui Thierry Dusautoir. C’est un joueur que j’admirais. Quand j’allais voir le Stade Toulousain plus petit c’est le joueur que je regardais le plus, il était capitaine et sur le terrain il se démenait pour montrer l’exemple avec son club mais aussi avec l’équipe de France. C’était un combattant, un grand défenseur, il était bon en attaque aussi et surtout il ne lâchait jamais rien tel un vrai meneur d’hommes. En plus de ça, il était très abordable et ouvert.


Cet esprit combatif, ce goût du plaquage font penser que tu n’as jamais eu envie de jouer un autre poste que troisième ligne. Euh plus jeune je voulais jouer demi de mêlée… (il explose de rire).


Effectivement, c’est plutôt étonnant… Je n’avais ni les cannes ni le physique, plus petit j’avais ça en tête je ne sais pas pourquoi… J’ai eu même dépanné à ce poste.


Finalement, tu as fait le bon choix en restant dans le pack avec ton goût pour le plaquage, c’est un peu ta marque de fabrique ? Oui j’ai toujours travaillé la défense c’est quelque chose que j’apprécie et d’autant plus à Blagnac car nous adoptons une stratégie bien précise. Mais pour en revenir au plaquage j’adore ça, gagner les duels et faire reculer son adversaire il n’y a rien de mieux.


Cet impact physique que tu aimes apporter, j’imagine qu’il a fallu du temps avant de pouvoir le transposer en Fédérale 1 ? Pas vraiment. Entre la Fédérale 3 et la Fédérale 1 ce n’est pas la densité physique qui m’a le plus impressionné. J’ai plutôt été choqué par la mobilité des joueurs… Tout le monde se déplace et à une vitesse incroyable… Je me rappelle de mon premier match après quelques minutes j’étais occis… (il rit). J’ai regardé le chrono et je me suis dit : « ce match va être très long ».



💼

On passe à la partie « boulot », qu’est ce que tu fais dans la vie ? Je travaille depuis maintenant 4 ans à Airbus. Je suis en CDI, j’œuvre à l’assemblage de l’A350 sur la partie voilure et fuselage de l’appareil. C’est un travail physique avec des horaires qui ne sont jamais fixes.


Comment t’es venu ce choix de faire un métier manuel et plus particulièrement dans l’aéronautique ? Depuis petit j’ai été attiré par ce métier car mon père travaille également à Airbus. Il m’a montré les avions et transmis sa fibre pour l’aéronautique donc très vite je me suis orienté vers ce secteur. J’ai réussi le concours du lycée Airbus puis à 18 ans j’étais en CDI mais comme pour le rugby j’ai eu la chance d’être bien encadré par les collègues, d’avoir une bonne équipe autour de moi.


Comme pour le rugby, ce travail semble être un « sport d’équipe », il y a-t-il des points communs entre les deux univers ? Oui les valeurs d’entraide et de cohésion sont les mêmes d’autant que je travaille avec un groupe de 25 à 40 collègues donc ça peut faire penser au rugby quelques fois. Par contre j’essaie de faire vraiment la différence entre les deux mondes. Le rugby c’est ma première passion et j’aime mon travail mais c’est tout autre chose je n’y vais pas avec le même état d’esprit. J’essaie de bien compartimenter.


C’est-à-dire, tu n’es pas le même sur le terrain et à l’usine ? Non, il faut bien distinguer les deux. Ça fait appel aux mêmes notions de combativité et de concentration mais l’énergie n’est pas utilisée de la même façon. Quand je fabrique un avion, je mets le rugby de côté car la moindre erreur peut avoir de grandes répercussions, moi-même je n’aurai pas envie de monter dans un avion en sachant qu’il n’a pas été construit avec sérieux. Concernant le terrain, c’est un défouloir et comme je le disais au début un espace où il faut également être concentré surtout pour se rappeler les nombreuses combinaisons que nous avons à retenir.


Tu n’as pas d’emploi du temps bien défini, ce doit être usant… Comment fais-tu pour gérer tes journées ? Oui je ne vais pas mentir c’est fatiguant. Il y a des semaines où je fais 6h30/15h30 et là après le travail je rentre chez moi pour faire une sieste avant de repartir à la musculation ou à l’entrainement. Après une journée d’un métier assez physique il faut reconnaître que ça tire sur l’organisme d’autant que l’on ne rentre pas chez soi avant 21h le soir et le lendemain on doit repartir à l’usine. C’est compliqué mais on s’habitue et puis on s’adapte en accentuant la récupération et les étirements et surtout en surveillant l’hygiène de vie. C’est obligatoire car au final en n’ayant pas de « journée de type » et de rythme… Et puis je travaille également de nuit de 16h à 00h heureusement je me suis arrangé avec Airbus et je commence à 13h30 pour pouvoir partir m’entraîner à 18h et revenir au boulot à 21h pour finir la journée à 00h. Voilà ce n’est pas toujours facile les lundis mais ça vaut le coup car je fais partie d’un club dont le projet me parle et suis entouré d’un staff de haut-niveau, d’un groupe solidaire et de joueurs de talents.


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Maxime Brossard

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