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Rugby-boulot-dodo avec Elodie Martin


Quelque fois, la frontière entre le terrain de rugby et la vie est poreuse. C’est le cas pour Elodie Martin qui est à la fois ingénieure dans le secteur aéronautique la semaine et ingénieure du jeu le weekend. Interview de la demie de mêlée du Blagnac Rugby, dont le cursus est aussi brillant que le palmarès.


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Comment ta « connexion » avec le rugby a-t-elle été établie ? Ça date un peu… (elle sourit). J’ai commencé à l’école primaire lors d’une initiation. De suite, le rugby m’a plu du coup j’en ai parlé à ma mère qui n’a pas été difficile à convaincre car elle adore ce sport. A l’époque, on suivait les exploits du Stade Toulousain alors il n’y a eu aucun problème pour commencer à jouer, au contraire. J’ai donc fait mes premiers pas avec l’école de rugby du Stade Toulousain justement puis à 14 ans, j’ai rejoint les rangs du SORF (Saint-Orens Rugby Féminin) qui est devenu le BSORF et le BRF aujourd’hui.


De tes débuts en Rouge et Noir à l’élite du rugby féminin, quel a été ton meilleur souvenir ? C’est le titre de championne de France de deuxième division avec le SORF en 2009. Lever le bouclier pour ma première année en seniors était incroyable. On venait tout juste d’arriver du groupe cadettes et en plus du sacre le club était remonté en première division.


Et le pire… Ce n’est pas vraiment un souvenir en particulier mais plutôt nos cinq échecs récents en demi-finale du championnat. Nous n’arrivons pas à gravir cette marche mais fort heureusement on peut compter sur le bon vivier dont dispose le club. Toutes ces jeunes qui montent, elles apportent fraîcheur et motivation en plus elles ont l’expérience des phases finales et des victoires (les cadettes ont été titrées deux fois consécutivement championnes de France 2018, 2019) ça permet de remobiliser tout le monde.


Cet apport de la formation, cette forte concurrence qui se renouvelle aussi sont clairement les signes que les femmes ont pris une autre dimension dans le rugby. Oui. Quand je jouais en cadettes, il n’y avait même pas de championnat à XV, on devait jouer à 7. Ça a beaucoup évolué, aujourd’hui les filles font de la musculation et s’entraînent presque tous les jours ça se ressent sur le terrain où le niveau de jeu s’est métamorphosé. Les matches sont de plus en plus difficiles et c’est vraiment une bonne chose.


Justement en parlant d’évolution du rugby, à tes débuts les joueuses n’étaient pas du tout médiatisées du coup ce sont des ou un joueur en particulier qui t’as inspiré ?

J’étais fan du Stade Toulousain, à l’époque hein je tiens à le préciser (elle rit), et comme je joue demi de mêlée l’un de mes modèles était forcément Frédéric Michalak.


Plutôt neuf à ses débuts puis ouvreur, c’est un modèle que tu pourrais imiter en glissant, pourquoi pas, un jour à l’ouverture ? Non, je ne veux pas jouer à un autre poste que demi de mêlée. Pour moi, c’est le poste idéal, on est au centre du jeu, on gère le tempo de la partie et tous les ballons gravitent autour de nous. C’est un poste clef, on peut dire aussi que dix est un poste clef mais bon je n’ai pas du tout un bon jeu au pied alors… (elle rit)


Tu reconnais ne pas avoir un bon jeu au pied mais en tant que neuf tu as obligatoirement une bonne qualité de passe. Oui même si ça ne sera jamais parfait. La passe, c’est quelque chose que l’on pourrait bosser toute sa vie. En fait, je dirai que mon plus gros point fort reste tout de même ma capacité à bien gérer le jeu.



💼

Dès lors quand tu ne commandes pas les avants qu’est ce que tu fais dans la vie ? Je suis ingénieure dans le domaine des matériaux aéronautiques. Je travaille actuellement comme conseillère pour Altran notamment.


Ingénieure, tu as dû passer autant de temps sur les terrains de rugby qu’en salle de classe ? Oui, pour les études je me suis fait plaisir… Après le lycée, je ne savais pas trop quoi faire mais j’étais quand même très attirée par les sciences. J’ai donc suivi un DUT en mesures physiques en sachant que l’univers de l’aérospatial me plaisait ce qu’un stage a confirmé alors j’ai candidaté pour intégrer une école d’ingénieurs. J’avais un bon dossier et mon profil d’ancienne pensionnaire du sport étude rugby de Jolimont a renforcé ma candidature. Une fois le cursus entamé, je n’étais pas partie pour faire une thèse mais bon un de mes professeurs a su me convaincre, le sujet concernait un problème industriel concret. Ensuite j’ai eu l’opportunité de faire de la recherche et même de l’enseignement. Ça a été une belle expérience mais au bout d’un moment les allers-retours entre Blagnac et Tarbes c’était fatiguant.


Quel parcours tout de même… Comment es-tu arrivée à gérer études, recherches, rugby et les kilomètres aussi ? C’est sûr que ce fut compliqué mais j’ai besoin d’avoir un tel rythme et de tels objectifs pour ne pas m’ennuyer. Rugby et travail sont un excellent équilibre, pour moi il serait impossible de m’enfermer dans une seule chose, cette cadence m’aide à me sentir bien et j’ai eu la chance de ne jamais me blesser gravement.


Cette combativité c’est quelque chose qui te vient du rugby, en quoi notre sport t’aide-t-il au quotidien dans ton travail ? En partie oui mais le rugby aide surtout en ce qui concerne le travail en équipe. Il facilite les échanges, on n’hésite moins à aller vers les autres, à s’exprimer, c’est un sport formateur pour la vie en général.


Ton caractère de demi de mêlée est-il le même lorsque tu es avec tes collègues ? Pas du tout… (elle s’exclame). Au contraire je suis beaucoup plus à l’aise sur le terrain. Au travail je suis plus réservée, je n’aime pas forcément prendre la parole tandis que quand je joue là ça va (elle sourit), d’ailleurs heureusement que j’ai fait du rugby sinon je ne serais pas autant ouverte aux autres.


Un quotidien d’ingénieure et de joueuse dans la plus haute division du rugby féminin français… Tes journées font plus de 24 heures… Le rythme doit être frénétique ? En effet c’est très intense. Je n’ai pas beaucoup de temps pour me poser la journée. Le matin boulot puis dès 12 h je file à la salle de muscu avant de reprendre le travail et de m’entraîner le soir. Ça commence à tirer un peu avec l’âge (29 ans), je me rends compte que je récupère moins bien même si le club a fait d’énormes progrès pour nous aider à être au mieux physiquement à commencer par les déplacements que nous réalisons en bus, train ou avion quelque fois, vraiment cette logistique nous change la vie. Les lundis ne sont pas toujours évidents mais je me sens encore bien et l’ambiance du groupe est super donc je reste motivée et espère continuer à jouer encore un moment et pourquoi pas finir par un titre de championne de France.


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Maxime Brossard

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