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  • Blagnac Rugby

Rugby-boulot-dodo avec Audrey Abadie


Joueuse, entraîneuse et éducatrice, c’est bien simple Audrey dort, mange, rêve et respire rugby, celle qui a découvert le ballon ovale tardivement (16 ans) a depuis rattrapé le temps perdu. Interview de la demie d’ouverture internationale de Blagnac.


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Quand et comment s’est faite ta découverte du rugby ?

Je suis arrivée au rugby assez tard. J’ai commencé à 16 ans, je jouais au football avant j’étais défenseur. En fait au moment de devoir passer en seniors, il n’y avait pas d’équipe féminine là où je jouais donc j’ai changé de sport et j’ai suivi les copines qui ont décidé de tester le rugby avec l’UNSS.


La transition n’a pas été trop difficile ?

Non, j’ai aimé tout de suite. Tout ce qui est contact et jeu à la main ne m’ont pas posé problème mon seul souci était que je jouais trop au pied (elle rit). A partir de là j’ai rejoint Tarbes en cadette dont j’ai porté les couleurs jusqu’en senior avant de signer pour le BSORF, devenu le Blagnac Rugby, il y a 6 ans maintenant.


Du foot en passant par le rugby en UNSS puis Tarbes et désormais l’Elite 1, c’est un sacré parcours. Quel est ton meilleur souvenir ?

Forcément je vais dire le titre de championne de France de Fédérale 1 avec Tarbes en 2012. Après avec Blagnac je n’ai pas forcément de souvenir marquant en tant que joueuse mais je dirai que c’est l’ensemble de mon parcours avec le club dont je suis fière. En revanche comme entraîneuse j’ai eu le bonheur d’être sacrée deux fois consécutivement championne de France avec les cadettes de Blagnac, et ce sont de merveilleux souvenirs.


Il y a aussi eu plusieurs sélections en équipe de France et une participation à la Coupe du monde, c’est tout de même incroyable ?

Oui, surtout la Coupe du monde 2017. C’est un autre univers, ce sont de bons souvenirs mais ils n’ont pas la même « saveur » que ceux avec les copines de club. C’est grandiose mais c’est une autre aventure, une chance extraordinaire que j’ai eu de pouvoir évoluer dans le plus haut-niveau possible. L’intensité des matches, des entraînements, de toute la préparation c’est quelque chose de fort.


Et dans ce riche parcours rugbystique il doit aussi y avoir des mauvais souvenirs ?

Je vais partager le sentiment de mon acolyte Elodie Martin… Ces défaites à répétition en demi-finale sont dures à encaisser. Cette année on ne saura jamais et il va falloir attendre la saison prochaine afin de savoir si on va réussir à gravir cette marche.


En tant qu’entraîneuse des cadettes, doubles championnes de France en titre, tu dois te dire que l’avenir s’annonce radieux et que cette marche va bien finir par être franchie ?

J’en suis persuadée. Ce projet initié par Nicolas Tranier est un véritable atout pour le club. En créant cette passerelle entre les cadettes et les seniors c’est un vrai confort de travail qui s’est instauré. Les projets de jeu se ressemblent, les bases sont présentes dès la montée des filles en seniors et c’est un précieux gain de temps qui va nous faire avancer pour atteindre cet objectif.


Ce poste entraîneuse justement, comment t’es venue l’envie de diriger une équipe ?

J’ai commencé il y a 4 ans. Alors que je m’entrainais, le responsable des cadettes à l’époque Geoffrey Slimane m’a demandé si je voulais aider pour entrainer, j’ai répondu « pourquoi pas » et comme j’aime bien transmettre et partager ma passion pour le rugby je me suis impliquée à 100 %. J’ai passé mes diplômes et j’espère coacher encore longtemps, j’aimerai même continuer une fois que ma carrière de joueuse sera terminée.


En parlant de transmission, il y a-t-il un joueur ou une joueuse dont tu t’es inspirée ?

Bien sûr, je citerai David Skrela et surtout Aurélie Bailon. Ce sont deux demis d’ouverture

internationaux dont la gestion du jeu et surtout l’utilisation du jeu au pied ont été une source d’inspiration. Aurélie notamment, en plus de ses qualités techniques, dégageait une vraie aura.


Et mis à part le poste de numéro dix, tu aurais aimé évoluer à une autre place sur le terrain ?

Vu que je suis un peu « branque » je dirai talonneur ou troisième ligne. Évoluer dans la mêlée c’est quelque chose qui m’a toujours tentée malheureusement il me manque quelques kilos… (elle rit).


Ce serait également priver ton équipe de ta « botte » secrète, le jeu au pied.

Oui le coup de pied, la passe au pied pour l’ailière c’est un geste que j’affectionne énormément. En venant du foot j’ai eu un vrai avantage par rapport à ça. Bien sûr il a fallu bosser énormément, tout de même, et durant de longues heures mais avec le temps c’est presque devenu instinctif.


Ce jeu au pied on peut dire que c’est la force et la faiblesse du rugby féminin ?

Exactement, le fait que les filles n’utilisent pas trop le pied oblige à produire plus de jeu, à plus relancer et c’est excellent pour le spectacle. Mais petit à petit on y vient, on l’intègre dans la formation des joueuses et on le voit de plus en plus au haut niveau avec des profils comme

Caroline Drouin par exemple, la demie d’ouverture du XV de France.



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On peut dire que ta passion du rugby se retrouve dans ton métier également ?

Oui car je suis éducatrice pour Rebond depuis 6 ans. C’est une structure qui travaille sur toute l’Occitanie et se sert du rugby comme moyen d’intégration sociale. Le but est de transmettre plein de choses aux jeunes de quartier notamment. Pour ma part, depuis 1 an je travaille sur le secteur de Blagnac en coopération avec les groupes scolaires et l’on tente de traiter des sujets comme le fair-play, la mixité, l’intégration via des ateliers de rugby.


Comment t’es venue l’envie d’exercer cette profession ?

J’ai fait STAPS et obtenu une licence en activité physique adaptée. A partir de là je cherchais un travail et un jour au détour d’une conversation ma coéquipière Manon André (ex troisième ligne internationale et joueuse du Blagnac Rugby, NDLR) m’a dit qu’elle œuvrait pour Rebonds. A cette époque, ils cherchaient une personne en service civique j’ai donc débuté par un stage puis j’ai eu l’opportunité d’être embauchée.


Pour le coup on peut dire que la pratique du rugby est un vrai plus dans ton quotidien professionnel.

Complètement et puis au-delà de mon métier le rugby est un sport qui permet de s’ouvrir aux autres et de créer des liens uniques. Tous les sports ont des vertus mais le rugby décuple ces valeurs avec ce côté très famille que l’on ne retrouve pas partout. Je prends l’exemple de Manon André avec qui je n’avais pas spécialement d’affinités au départ et qui au fil du temps est devenue une amie. Le rugby permet de bâtir des liens bien plus forts.


Tu évolues à un poste où il faut commander et diriger, de fait es-tu la même personne sur le terrain qu’en dehors ?

Aujourd’hui oui mais ce fut une longue transition (elle rit). A la base j’étais très timide et le fait de jouer à l’ouverture, de devoir guider et diriger m’a donné de la confiance, m’a permis de m’affirmer. Il y a eu une fusion entre la joueuse et la personne que je suis tous les jours (elle sourit).


Du lever au coucher tu ne fais pratiquement que du rugby, comment se passe tes journées ?

Mes journées commencent à 8 heures pour finir vers 22 heures. Le matin boulot jusqu’à 11 h 30 puis durant la pause je file à la salle de musculation. Je reprends le travail jusque vers 16 h 30 avant de rentrer chez moi pour une petite sieste, c’est important à mon âge (elle rit). Ensuite je pars pour entraîner les cadettes et j’enchaîne avec mon entrainement de joueuse avec les seniors.


Faire du rugby du matin au soir et tous les jours, comment fais-tu pour ne pas arriver à saturation ?

Je suis passionnée et pour l’instant je ne me suis jamais posée la question. D’autre part avec Rebonds j’explore et enseigne d’autres disciplines donc cela me permet de « m’évader » un peu et j’espère pourvoir continuer ainsi le plus longtemps possible.


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Maxime Brossard

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