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Piffero, la 100ème


Le Piff’ : Caouec et Canuck dans le sang


Couvert de boue et gémissant au milieu d’un maul fumant Benoit Piffero bataille avec ses coéquipiers afin de franchir la ligne. Finalement le pack de Lavaur finit par céder et la joie du talonneur des Caouecs tranche avec le décor de cette après-midi de novembre dans le Tarn. Comme si le terrain lourd et l’ambiance plutôt austère n’avaient aucun effet sur un joueur qui venait d’affronter les Springboks en coupe du monde il n’y a même pas 15 jours. Beaucoup auraient eu du mal à cacher leur déception, frappés par ce que l’on peut appeler un dur retour à la réalité. Ce n’était pas le cas de Benoit, heureux de pouvoir à nouveau « ferrailler » avec son équipe et de jouer simplement au rugby. Cette simplicité et ce goût de l’authentique sont souvent caractéristiques des « types qui ne changent pas », un peu comme ses amis que l’on peut ne pas voir durant des mois voire des années mais avec lesquels on passe toujours un bon moment, hors-du-temps, et à n’importe quel âge de la vie. Pour s’en rendre compte il suffit d'aller en Auvergne et plus précisément à Issoire là où tout a commencé pour Benoit, « Oui, je me souviens très bien de Benoit et de sa famille, ils étaient très impliqués dans le club, et d’ailleurs nous suivons toujours de près sa carrière », sourit Marc Boisson l’un de ses premiers éducateurs. « Il a longtemps porté les couleurs de l’US Issoire, son frère aussi et j’ai eu la chance de l’entrainer quand il avait 12-13 en plus ils étaient toujours fourrés ensemble avec mon fils Christophe », retrace le dirigeant encore marqué par le passage du futur blagnacais. « C’était un garçon assidu, sérieux, le joueur que l’on rêve d’entrainer et qui essaye toujours de faire de son mieux », congratule l’ancien coach. « Il était déjà charpenté à l’époque et ses qualités ont tapé dans l’œil de l’ASM », rembobine Marc avec nostalgie au sujet du premier tournant de la carrière de notre talonneur.


2013 : l’année qui a tout changé Le rugby devient une affaire sérieuse. Sous la tunique des Jaunards, Benoit progresse et la passion transmise par son père se mute en rêve d’atteindre le Top 14. Clermont ne lui offre pas cette chance et il prend la direction de Montpellier pour intégrer le groupe espoirs. De 2006 à 2010 l’explosif et dynamique numéro 2 tente de percer en alliant étude et rugby mais l’aspiration s’envole. Il troque alors la fleur de ciste pour le maillot à damier de Romans puis décide en 2012, avec sa compagne Clara, de s’embarquer pour le Canada, le pays qui l’a vu naitre un beau jour de mai 1987 alors que ses parents, originaires de Midi-Pyrénées, avaient posé un temps leurs valises à Montréal. La suite on la connait puisque près d’un an après son arrivée, Benoit célèbre sa première sélection avec les Canucks lors d’un match qui est entré dans la légende : un certain Géorgie-Canada dont la vidéo est rangée dans la catégorie bagarres sur YouTube. Dubitatif, notre néo-Blagnacais (il venait de signer au club) regarde ses nouveaux coéquipiers s’écharper profitant finalement de ce contexte « idéal » pour resserrer les liens avec ses compatriotes et le plus célèbre des rugbymen canadiens ne vous dira pas le contraire. Ô Canada Il doit être 7h30 à Vancouver. Les tonalités du téléphone résonnent un peu plus fort que d’habitude, on se demande si l’on n’appelle pas trop tôt car s’il y a bien un interlocuteur à ne pas déranger c’est lui. Ça décroche : « - Bonjour M. Cudmore ? - Oui… - J’espère ne pas vous déranger mais je fais un article sur le 100e match de Benoit Piffero avec Blagnac et j’aimerais avoir votre témoignage, vous le connaissez bien non ? - Bien sûr on a partagé quelques sélections ensemble ! » La glace étant brisée, l’ancienne terreur des terrains est dithyrambique au sujet du « Piff ». « C’était une surprise de le voir arriver à ce niveau car il venait de Fédérale 1 mais il avait de grandes qualités, il ressemblait un peu à un troisième ligne avec son explosivité et sa disponibilité dans le jeu courant », analyse l’ex clermontois. « Il était bon sur les fondamentaux et en touche c’était un régal d’avoir ses lancers », salue Jamie Cudmore se souvenant également de la personnalité de Benoit. « On a sympathisé rapidement car le fait qu’il joue en France a créé des liens et puis c’est un mec attachant, c’était le francophone du groupe à l’époque », glisse l’ex flanker. Il faut dire que les 26 sélections et deux coupes du monde disputées (2015-2019) on fait naitre des amitiés comme celle avec l’actuel ailier d’Oyonnax Taylor Paris. « On a de suite eu des points communs, malgré l’éloignement et nos vies qui font qu’on ne peut pas toujours se voir nous avons un lien fort, Benoit c’est un gars vrai et loyal », complimente le trois-quarts canadien se souvenant au passage d’une belle anecdote décrivant à merveille le caractère de notre talonneur, « Nous jouions à Aix avec la sélection et je me souviens qu’il avait organisé une soirée dans un super resto avec côtes de bœufs et dégustation de vin, le genre de repas que l’on n’a pas l’habitude de faire au Canada, il nous a fait découvrir sa culture et c’était un beau souvenir ».


Comment exceller sur tous les terrains Depuis le maillot frappé de la feuille d’érable est rangé. « Le dernier des Mohicans » comme le Piff’ aimait à se décrire a pris sa retraite internationale. Entre Blagnac-le Canada-son travail et surtout sa vie de famille l’équilibre devait être dur à trouver. Mais ce qui semble impossible pour beaucoup ne l’est visiblement pas pour Benoit, « c’est quelqu’un de très investi dans tout ce qu’il fait, il est organisé, bosseur, volontaire et aujourd’hui il réussit sur les plans rugbystique, professionnel et familial », décrit avec admiration le président de 16 Interim. « Benoit nous a rejoint en 2015, l’année de la coupe du monde il devait partir plusieurs mois se préparer et être absent de fait mais je n’ai pas hésité à l’engager car dès l’entretien j’ai su à qui j’avais à faire », se rappelle Laurent Brennan. 6 ans après le dirigeant ne peut que vanter l’attitude de son directeur commercial, « c’est quelqu’un d’attaché au collectif qui représente bien notre entreprise et c’est d’autant plus important dans un métier comme le notre basé sur l’humain ».

Des qualités humaines et une force de travail que personne ne peut contredire aujourd’hui à l’aube de son 100e match avec Blagnac. Dans le couloir menant à la pelouse d’Ernest-Argelès Benoit va forcement repenser à tout ce chemin parcouru, 100 matchs ce n’est pas rien. 100 matchs et 7 ans à Blagnac que l’on pourrait résumer par : C’est tout simplement la belle histoire d’un mec bien.


Maxime Brossard

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