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Neke, la 100ème



Nekelo Tolofua un guerrier si pacifique


Ce dimanche le cercle des centenaires blagnacais va s’agrandir avec l’arrivée d’un nouveau membre. Matthieu Vachon, Jean-Baptiste Martin et Benoit Piffero vont accueillir Nekelo Tolofua. Les trois avants vont devoir se serrer un peu plus pour permettre au trois-quarts centre de 1m88 et 120 kg de se faire une place surtout qu’il y a fort à parier que « Néké » ne va pas vouloir jouer des coudes ou s’énerver afin d’être confortablement installé. « Pourquoi ? » Demanderont certains d’autant qu’avec un tel physique il n’y a rien de plus simple, tout simplement parce que protester ou se plaindre ce n’est pas dans sa nature, ça ne l’a jamais été et ne le sera probablement jamais. Pour en être convaincu, il suffit de retracer son parcours, de marcher dans les pas de ce géant polynésien et d’entamer un grand voyage allant des eaux turquoise du Pacifique en passant par la grisaille du Nord avant d’arriver jusqu’au clocher de Blagnac.


Bienvenue chez les Ch'tis


Demander à tous ceux qui connaissent Nekelo de le décrire c’est se heurter inlassablement à la même réponse : « c’est vraiment un gars sympa ». Du Nord au Sud de la France les descriptions sont unanimes. De son arrivée en métropole depuis Wallis et Futuna dans les années 90 à aujourd’hui l’ainé de la célèbre fratrie Tolofua n’a pas changé.

Enfant il était déjà le plus costaud et il était aussi le plus gentil, « Je l’ai connu quand il avait une dizaine d’années, c’est le premier à avoir pris la licence au club », se souvient parfaitement Erick Roty qui fut son éducateur à ses débuts avec le club de Marcq-en-Barœul. « Quand on l’a vu arriver on s’est dit : « waouh c’est quoi cette machine », il n’y avait pas d’autres mots pour le décrire », se rappelle avec le sourire son ancien entraineur.

A cette époque tous les Marcquois ont les yeux écarquillés et ils ne tardent pas à être encore plus abasourdis par le potentiel du nouvel arrivant. « C’était le plus costaud, le plus rapide, le plus fort… », énumère Erick et dans la banlieue de Lille le jeune gaillard impressionne au point que ses adversaires s’interrogent.

« C’était lassant à un moment car avant chaque rencontre tous les autres clubs demandaient à vérifier sa licence, personne ne croyait qu’il était réellement en Benjamin… On devait bien montrer aux autres qu’il ne jouait pas sous fausse licence », retrace le Nordiste encore secoué par cette anecdote. « La plupart du temps ce n’était que de l’appréhension de la part des autres équipes car sur le terrain Nekelo était le plus gentil de tous, il avait même peur de faire mal », assure le coach toujours en activité à l’Olympique Marcquois puis de préciser, « il n’usait pas de sa force, au contraire il maniait le ballon comme personne, il faisait des crochets et feintes et il parvenait à fixer 3 ou 4 défenseurs en jouant comme ça ». La rumeur d’un gamin solide comme un roc et doté de mains en or ne tarde pas à dépasser les frontières régionales. La vie de Nekelo, de sa famille et de tout le rugby français va alors prendre un tournant.


À jamais le premier


Tolofua, ce nom rappelle forcément des souvenirs aux supporters de Grenoble et Clermont. Et pour cause dans les années 2000, Abraham, l’oncle de notre trois-quarts centre, va ouvrir la voie en étant le premier à se faire une réputation dans l’élite. Cependant ce patronyme est désormais indissociable de celui du Stade Toulousain. On pense alors forcément à Christopher (champion de France en 2012) et dernièrement Selevasio (vainqueur du Brennus en 2019) mais le tout premier à avoir enfilé le maillot Rouge et Noir c’est bel et bien Nekelo.

Peut-être que sans son départ du cocon familial, alors qu’il n’était encore qu’un adolescent, toute cette belle histoire n’aurait pas eu lieu… Et la genèse de cette incroyable aventure c’est Gérard Labbe qui la raconte.

« A la base je suis du Nord, de Marcq-en-Barœul justement, alors quand j’ai en ai eu la possibilité j’ai souhaité opérer un rapprochement entre L’Olympique Marcquois et le Stade ainsi nous invitions chaque année leur équipe minime au fameux tournoi Labattut », retrace l’actuel président de l’association du Stade Toulousain. « C’est le père de Nekelo qui est venu me voir en premier (Petelo Tolofua, ndlr) il m’a demandé si c’était possible de mettre son fils à l’essai », narre le dirigeant qui se remémore parfaitement cette journée. « Sa demande m’a fait sourire car on avait déjà repéré son fils qui était impressionnant au contraire on ne pouvait pas refuser », commente Gerard qui ne regrette vraiment pas d’avoir accepté.

Seul, loin de ses parents et de ses amis, le soleil de Wallis et Futuna dans le rire et la chaleur des gens du Nord dans le cœur, Nekelo débarque à Toulouse. « Lors de sa première année nous l’avions placé en famille d’accueil ça n’a pas dû être facile pour lui mais il s’est bien habitué, ses parents multipliaient les allers-retours entre Lille et ici si bien qu’ils ont décidé de déménager alors nous avons aidé le père à trouver un job et toute la famille s’est installée », raconte en détail celui qui est devenu un proche des Tolofua.

Positionné en pilier, le futur blagnacais, fait comme à son habitude il ne se plaint pas et passe les obstacles un à un lui qui n’aime pas vraiment la mêlée et n’a pas de goût particulier pour le combat. Son talent fait le reste et il est sacré champion de France cadets en 2007 avec la génération des Bézy, Doussain et Galan. « Sa carrière a connu un premier cap au moment du passage en Espoirs, Michel Marfaing et moi-même avons eu l’idée de le déplacer au poste de centre, ce fut un excellent choix car dans sa tête « Néké » n’a jamais eu l’esprit d’un pilier malheureusement ce changement s’est fait trop tard et je pense que c’est qui l’a bloqué pour passer en pro », reste convaincu Gérard Labbe au sujet d’un incroyable potentiel exploité trop tardivement.

Des années après, au moment de revenir sur son expérience dans le monde professionnel et ses tentatives à La Rochelle et Carcassonne, l’intéressé avouait avoir touché son « rêve du bout du doigt mais l'univers du professionnalisme est particulier et ne collait pas trop à mon caractère ». Connaissant désormais un peu mieux le personnage on veut bien le croire, tant mieux pour Blagnac.


Un trois-quarts dans le corps d’un avant

La petite salle de musculation des Ramiers jouxtant la piscine se remplit au compte-gouttes. Nekelo est l’un des derniers à arriver et bien sûr il se fait chambrer. Ça fait plus de deux mois qu’il n’y a pas mis les pieds, le bruit de la fonte et la lueur des néons ce n’est pas trop son truc. Et pourtant, les rires bon enfant couvrant son entrée se taisent peu à peu pour laisser place à l’étonnement général. Allongé sur le banc de développé couché le puissant ilien démontre une fois de plus que tous les hommes ne sont pas égaux devant la génétique… Les poids s’entassent, la barre se gondole et les coéquipiers l’encouragent à l’unisson quand l’extra-terrestre venu du Pacifique fait tomber les records, le tout avec le sourire bien sûr. « Il ne fait jamais de musculation sérieusement mais quand il arrive il écarte tout le monde et peut égaler les records des autres sans travailler », avoue le préparateur physique des Caouecs Pierre Verdenal. « Il a les qualités physiques pour évoluer au plus haut niveau mais ça ne l’intéresse pas », souffle celui en charge de faire transpirer les Blagnacais.

Inégalité face à la puissance et inégalité également dans le domaine de la récupération, Nekelo a un temps d’avance. « Il récupère des blessures 25 % plus vite que la moyenne », analyse Pierre conscient que la kryptonite de notre Superman wallisien réside dans la nutrition et l’ambition. « Je le dis de manière positive, tout cet aspect de la préparation et le fait de vouloir jouer à plus haut niveau ça ne l’intéresse pas, ce qui compte pour lui c’est sa famille et ses amis », assure le membre du staff. Une opinion rejoignant celle de son ex-coéquipier et désormais entraineur Romain Fuertes, « C’est « Néké », il est comme ça c’est une masse mais avec un cœur énorme qui n’est jamais de mauvaise humeur, c’est un grand enfant », salue le coach des lignes arrière. Pilier à ses débuts, un temps numéro huit le joueur formé au Stade ne se plait réellement qu’au poste de centre. Chaussettes en bas et crampons moulés aux pieds, Nekelo promène son style décontracté qui tranche avec la violence de ses charges. Depuis peu père de famille, le centre blagnacais a pris du galon et de la maturité mais n’a pas perdu pour autant son insouciance. Contre Narbonne, Nekelo va ajouter une centième page à la longue et belle fable qu’il est en train d’écrire sous le maillot de Blagnac, une histoire qui s’intitule « le conte de fée d’un trois-quarts dans le corps d’un avant » et que ce « gentil » géant pourra raconter plus tard à ses enfants.


Maxime Brossard

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