Rechercher
  • Blagnac Rugby

LES 10 ANS DU BOUCLIER La fin

UN SOMMET DE JEU ET D'EMOTIONS #13


Après l’annonce vient le temps de se préparer, de rentrer dans les vestiaires et d’enfiler un maillot peut-être un peu plus lourd que d’habitude. Un regard vers la famille, les supporters et ceux qui ne joueront pas en tribune et la motivation vient toute seule. Pour briser le silence et les gorges nouées, Olivier Carbonneau a la bonne idée de lire des messages d’encouragements écrits par des Blagnacais, « Bruno Delpech m’avait fait passer des lettres, des lettres qui font du bien au cœur et préparent les esprits à l’affrontement ».

Affrontement est le terme juste. Dès le coup d’envoi Strasbourg impose son jeu, remporte la bataille des rucks et occupe bien le terrain avec des coups de pieds subtilement placés. Cette domination se concrétise après 10 minutes de jeu et une série de pick an go par un essai alsacien. Bousculés et jusqu’alors en difficulté pour parvenir à sortir de leur camp les Blagnacais ne doutent pas pour autant. Ils laissent passer la déferlante et mètre après mètre, minute après minute le jeu se met en place. Egea ouvre le score sur pénalité puis réduit l’écart alors que la demi-heure de jeu approche.

Pendant la bataille Bassaber sait que les Strasbourgeois sont en train de flancher, « devant la machine s’est mise en route et quand on a commencé à écarter les ballons on voyait les trois-quarts réussir à prendre les intervalles en plus David avait réglé la mire donc plus rien ne pouvait nous arriver ». La suite des événements donne raison au vice-capitaine et comme un symbole c’est le tout jeune William Laguerre qui plonge dans l’en-but pour le premier essai blagnacais. « L’enfant du club », celui qui avait fait le choix de rester en 2008, au cœur de la tempête, marquait l’essai de la « revanche ».

A partir de là Strasbourg décline, le plan marche à merveille, « la victoire vient à la fois de la préparation physique et du banc de touche », analyse Arnaud Costes. « Ils étaient lourds et la chaleur était accablante ce jour-là, ils se sont usés tous seuls et l’entrée de quasi-totalité du banc à la 50e minute les a fait exploser », révèle le fin tacticien. Le BSCR prend l’adversaire à son jeu avec un deuxième essai sur ballon porté avant que n’arrive le chef-d’œuvre de la partie à la 71e.

L’arrière adverse Mahieu tente un petit par-dessus mais Breton est à la retombée. La balle est dans les 22 de Blagnac mais il relance et décale Marchand. Le pilier à la manière d’un trois-quarts centre passe le premier rideau tout en vitesse puis donne à Cossou qui percute et fixe trois défenseurs. Culinat renverse en faisant une passe plongeante, la balle passe de mains en mains à une vitesse folle et l’Irlandais O’Brien, en bout de ligne, conclut cet incroyable mouvement. Il reste 9 minutes à jouer mais Blagnac sait qu’il va gagner le bouclier.

« Ça m’a donné des frissons », se rappelle très bien Olivier Carbonneau sans voix face à cette action qui a l’effet d’une machine à remonter le temps, « On aurait dit le Stade Toulousain… je me revoyais il y a 15 ans en arrière quand je disputais des finales », avoue encore avec émotion le quadruple vainqueur du bouclier de Brennus. En tribune Gilles Sicre et Philippe Humery réalisent le chemin parcouru, « c’était extraordinaire de pouvoir fêter le bouclier avant même la fin de la rencontre, mes parents étaient venus en plus… C’était fort », glisse le président d’un club qui était au bord de la faillite il y a tout juste deux ans.


BLAGNAC 33 – STRASBOURG 12

A Vierzon, 800 spectateurs ; arbitre : M. Hadj Bachir (Auvergne). M-T : 19-5 Blagnac : 3E Laguerre (31), H. Arif (67), O’Brien (71) ; 3T et 4P (19, 27, 31, 40) Egea. Strasbourg : 2E Michel (9), Kapseu (80) ; 1T Kriegel


BLAGNAC : N. Arif ; Cussat, O’Brien, Patey, Laguerre ; (o) Egea, (m) Culinat ; H. Arif, Bassaber, Jouve ; Bellance, Kara (cap.) ; Marchand, Rodriguez, Tekassala. Remplaçants : Fuertes, Cloup, Vimbelle, Guiral, Meurin, Cossou, Breton.


STRASBOURG : Mahieu ; Hausenback, Kriegel, Caro, Lavaka ; (o) Bonjean, (m) Jusik ; Uhmann, Abbé, Tisane (cap.) ; Michel, Heitz ; Machu, Bronquard, Kapseu. Remplaçants : Fernandez, Vincent, Meilicke, Saïb, Satgé, Brisse, Le Pallud.

TOUCHER LES ETOILES #14


Les trois coups de sifflets retentissent, Blagnac est champion. « C’est l’apothéose », décrit Olivier Carbonneau qui peine encore aujourd’hui à trouver les bons mots pour partager cet instant de grâce. La plupart des joueurs sur le terrain ont connu le très haut niveau, joué dans des stades mythiques et affronté des joueurs de légende mais c’est à Vierzon qu’ils touchent les étoiles. « C’était notre Brennus, c’était magique et l’image qui restera à jamais gravée dans ma mémoire est celle de Laurent Cettolo qui a soulevé le bouclier avec Nejmi Kara », narre Fabrice Bassaber. « C’était un petit clin d’œil, ça s’est fait naturellement et j’y repense avec bonheur encore aujourd’hui », ponctue Nejmi Kara dont les souvenirs sont un peu plus précis que ceux d’Arnaud Costes, « je ne me souviens pas du tout de l’après match, je n’ai aucun souvenir de l’instant où on lève le bouclier, c’est flou », avoue avec le sourire l’entraineur peut être victime de l’émotion.

L’équipe savoure, chaussettes en bas et bière à la main, les plus jeunes exultent et les plus anciens vénèrent ce fichu bout de bois. Le retour est aussi épique que la finale, 7 h de route attendent les vainqueurs et les supporters tout aussi déchainés.

UNE SEMAINE DE FÊTE #15


De nuit le bus blagnacais s’est transformé en discothèque. « On avait 50 animaux à l’arrière du car qui chantaient, buvaient et dansaient », s’exclame avec humour Gilles Sicre, « les gars avaient remplis les glacières de bières, de vodka, de whisky, je me disais ce bus va devoir être karchérisé quand on va arriver et j’ai dit au chauffeur : « ne vous inquiétez pas le club payera la note".

Une halte est faite à Brive dans un hôtel restaurant, « la seule erreur de la saison commise par Arnaud Costes », explique hilare Fabrice Bassaber tout en conseillant, « l’alcool et la fatigue ne font jamais bon ménage ». La fête a commencé mais tous les esprits ne sont pas totalement libérés. Olivier Carbonneau est le plus heureux des hommes et pourtant il a dû mal à savourer, « j’avais encore en tête la décision concernant les anciens et puis cet arrêt à Brive je n’ai pas compris, pour moi on devait continuer la route, on devait rentrer à Blagnac là où les familles et d’autres supporters seraient venus nous rejoindre… pour moi c’est encore un regret », déplore-t-il amère et soucieux de faire le point sur cette aventure. « C’est gravé à vie, il y a eu des grands moments mais aussi des déceptions », conclut-il « blessé » car il n’a pas eu « la chance d’entrainer cette équipe en Fédérale 1 (l’année suivante Arnaud Costes est conservé et Olivier Carbonneau est remplacé par Jean-Marc Aué) ».

Le bus reprendra finalement son chemin et arrivera à Blagnac où une semaine entière de fête est organisée. « Je me souviens de ma femme, elle m’avait dit : « si tu es champion je prends une semaine de vacances sans toi » », éclate de rire Nejmi Kara qui n’est pas sûr de vouloir « ressortir tous les dossiers ». Pour Fabrice Bassaber, policier, la célébration est courte car le devoir l’appelle mais ses coéquipiers vont le rattraper, « pendant une ronde nous avons eu le malheur de passer devant chez Max, le bar le Monte-Carlo, et là tous les mecs ont bloqué la rue et sauté sur la voiture de police », raconte le vice-capitaine hilare. Gilles Sicre laisse les joueurs célébrer leur titre mais ne manque pas de rappeler à l’ordre le groupe afin de répondre aux nombreuses sollicitations, « nous étions invités partout, à la Mairie, au conseil régional, au comité… », se souvient le président.

Nous sommes il y a dix ans, le 28 juin 2010 et la nouvelle est écrite en gros sur la une d’un célèbre quotidien local. Le journal traîne, tout chiffonné, au bout du comptoir du bar le Monte-Carlo. Entre les monticules de bouteilles vides et un rutilant trophée de bois et de bronze, l’édition du jour de la Dépêche du Midi est déjà passée de mains en mains, elle confirme ce que tout le monde sait dans la ville : Blagnac est champion de France de Fédérale 2.

L'épopée fantastique s'achève ici... Nous espérons que ce retour dans le temps vous aura permis de vous remémorer de beaux souvenirs !


👏🏻 Un grand merci à Maxime Brossard pour tout son travail de recherche, d'interview et de rédaction.

198 vues